Le sélectionneur est en forme avant l'ouverture de la saison internationale. La défaite en finale du Mondial, le vice des Italiens, Materazzi, Landreau, Barthez, Henry, la DTN : il n'élude rien. Et livre d'étonnantes vérités.
Dans une semaine, Raymond Domenech donnera le coup d'envoi de la saison des Bleus. Elle est décisive puisqu'elle peut mener les Tricolores en Autriche et en Suisse où sera conjointement organisé, en juin 2008, le Championnat d'Europe des Nations que la France a remporté pour la dernière fois en 2000... contre l'Italie.
Jeudi prochain, donc, le sélectionneur dévoilera les 35 noms appelés à disputer l'amical Slovaquie - France du 22 août à Bratislava. Domenech attache beaucoup d'importance à cette rencontre préparatoire aux rendez-vous de la rentrée : le 8 septembre, ses hommes iront défier la Squadra Azzurra dans le stade des deux Milan (l'AC et l'Inter) à San Siro avant de tenter de prendre leur revanche sur les Ecossais, vainqueurs (1-0) à l'aller. Après, il y aura encore les Iles Féroé, la Lituanie et l'Ukraine afin de connaître le verdict du groupe B dont les deux premiers se qualifieront pour l'Euro. Alors que l'environnement des Bleus polarise son attention sur Italie - France, sorte de revanche de la revanche (la France avait battu l'Italie à Saint-Denis deux mois après la finale de la Coupe du monde), le patron de la sélection compte sur ce match amical pour mobiliser sa troupe au-delà de ce simple match très médiatique. Rendez-vous était pris mardi en début d'après-midi dans un café de Montparnasse, quartier dans lequel réside le sélectionneur. Dans une bonne humeur contagieuse, il nous a accordé un entretien détonant qui devrait aussi faire parler de l'autre côté des Alpes.
On passe rarement un mauvais moment en compagnie de cet amoureux de Pierre Desproges. Mais tout le monde ne rit pas.
Raymond Domenech poursuit parfois une logique de sélectionneur difficile à suivre. Il y eut dans ce domaine un premier Domenech, de sa prise de fonction jusqu'à l'été 2005. On appelait cette époque la reconstruction. Elle était censée présider aux destinées de l'équipe de France, orpheline de Zidane, Thuram et Makelele, mais on avait parfois l'impression qu'elle concernait le sélectionneur au premier chef, en difficultés pendant les qualifications à la Coupe du monde 2006.
L'Espagne, le tournant
Cependant, depuis deux ans, Domenech II est arrivé et le costume de sélectionneur semble lui aller comme un gant, avec à la clé cette finale de Coupe du monde. Peu auraient parié sur un tel parcours, pour les siens comme pour lui. Cet Italie - France, à Berlin en 2006, marquera-t-il à tout jamais sa vie ? « Emotionnellement, le match le plus fort jusqu'à maintenant reste France - Espagne (3-1, 8e de finale du Mondial), notamment pour des raisons familiales », répond le fils d'émigrés espagnols,Catalan de Villalba, parqué à Argelès-sur-Mer après avoir fui la dictature franquiste . « Pendant la finale, j'étais froid, reprend-il. Mais France - Espagne, j'avais tout à perdre. Si on n'avait pas gagné, je ne serais pas là aujourd'hui. »
Dans un mois, c'est Italie - France. Occupe-t-il déjà toutes vos pensées ?
Raymond Domenech. Je suis embêté avec ce match dont tout le monde me parle. Je sais au fond de moi que la rencontre la plus importante, ce n'est pas celle contre l'Italie. Ce qui compte, c'est l'Ecosse puis les Iles Féroé et la Lituanie. Et peut-être l'Ukraine à la fin. Contre l'Italie, on a déjà fait le maximum puisqu'on leur a pris trois points. Tout ce qui peut nous arriver désormais, c'est du bonus. L'Italie ne nous prendra pas de points. En revanche, il est capital de reprendre trois points aux Ecossais, mais ça, personne n'en parle. Et aller gagner aux Iles Féroé est aussi important que l'emporter en Italie.
Mais Italie - France constitue peut-être le plus grand événement foot de l'année 2007...
Oui, c'est un événement. Mais si je peux dégonfler le truc. Cet Italie - France ne compte pas. Slovaquie - France, le 22 août, servira à cela : rassembler tout mon groupe pour l'Ecosse, les Iles Féroé et la Lituanie. Je dirai aux joueurs : « Préparez-vous pour ces matchs-là. Si vous ne vous préparez que pour Italie - France, on est morts ! » Si on obtient un résultat en Italie, tout le monde croira qu'on est qualifiés. Ce n'est pas vrai.
Jouer l'Italie a-t-il encore une saveur particulière pour vous ?
J'aime bien jouer les Italiens. Déjà, j'adore leur football. On peut dire ce que l'on veut, mais les Italiens ont une idée bien précise : ils jouent pour gagner. Ils possèdent toujours des joueurs exceptionnels. Je suis admiratif. Se confronter au football le plus efficace au niveau européen, et peut-être mondial, me plaît bien. En plus, j'adore San Siro. Je suis surtout très heureux que l'on ait échappé au stade olympique de Rome, où l'ambiance se perd et où le public se situe loin à cause de la piste d'athlétisme. Je voulais un match au plus proche de la réalité : 80 000 personnes contre nous, qui sifflent de tous les côtés dans une ambiance exceptionnelle. C'est là que l'on voit les grands joueurs. Les costauds qui ne se dégonflent pas. Le seul souci dans ce genre de match, c'est l'arbitre. Je sais nos joueurs capables d'être bons, l'arbitre pas toujours. On fait avec. De toute façon, avec les Italiens, c'est une habitude.
C'est-à-dire ?
Ce n'est pas moi qui ai inventé des histoires d'arbitrage en Italie. Il y a eu des matchs achetés. Moi, j'ai connu un France - Italie Espoirs, qualificatif pour les JO de Sydney, avec un arbitre acheté. Je me suis rarement fait autant arnaquer. Quand on s'est fait avoir une fois, il existe toujours un doute. Il y a des arrangements dans le football italien.
Pour les Italiens, en tout cas, ce match compte énormément : San Siro est déjà plein...
C'est normal. Si on ne réussit pas un résultat, on ne sera toujours pas qualifiés, mais si eux se ratent, ils seront mal. J'ai très bien pris en compte la dimension de ce match. Je sais comment va être Gattuso : la fumée va lui sortir de tous les côtés. Il va remonter tout le public. Cela fait partie du match. Nous, on a tout intérêt à relativiser cette rencontre. On n'est pas dans les mêmes dispositions psychologiques. Eux vont vouloir chauffer le match.
Marco Materazzi a déclaré...
(Il coupe.) Tiens, en voilà un qui chauffe déjà...
Il a donc dit le 9 juillet dernier : « Aujourd'hui, j'attends sur le terrain monsieur Domenech et tous ceux qui, au cours des derniers mois, se sont permis d'exprimer des jugements sur Materazzi. Je les regarderai dans les yeux, sans baisser la tête, même pas une seule seconde. »
Il dit « monsieur », c'est bien. Les Italiens ont toujours beaucoup de respect pour les entraîneurs. Pour le reste, je répondrai sous forme de boutade : il ne pourra pas faire ce qu'il dit. C'est impossible : il mesure près de 2 m, et moi, je fais 1,76 m. Pour me regarder dans les yeux, il sera donc obligé de baisser la tête ! Je ne rentre pas dans cette guerre. C'est son intérêt, pas le mien.
Materazzi n'est pas un mal-aimé qu'en France. Lors de l'Emirates Cup à Londres, fin juillet, le public d'Arsenal l'a copieusement sifflé pendant Valence - Inter Milan. Etes-vous surpris ?
Allez : j'aurais pu être Materazzi. En finale de Coupe du monde, tu marques un but, tu fais virer le meilleur joueur adverse (NDLR : Zidane) et tu marques ton tir au but. On peut me dire ce que l'on veut sur Pirlo, Materazzi, c'est l'homme du match.
>Etre Materazzi implique également d'insulter l'adversaire...
Il ne s'agit pas d'insulter, mais de provoquer un joueur pour qu'il perde les pédales. Tout le monde connaît ça dans le sport. Au volley, à travers le filet, certains arrivent à faire péter les plombs à l'adversaire. Cela existe dans toutes les disciplines. Cela fait partie du bagage. Après, il y a les mots que l'on peut dire, ceux que l'on ne peut pas dire. Sur un terrain, tous les moyens consistant à déstabiliser l'adversaire et à utiliser sa faiblesse sont positifs pour l'équipe. L'homme de la Coupe du monde, c'est Materazzi. Je lui dis bravo.
Celui qui provoque est fort, celui qui pète les plombs est faible, c'est ça ?
Oui. Celui qui pète les plombs avoue à ce moment-là une faiblesse. La réponse que j'aime en tant qu'entraîneur, c'est le joueur qui montre le tableau d'affichage à la fin quand il gagne : « T'as vu le score ? Tu peux me dire ce que tu veux. Au revoir ! » Ou good game (bien joué), comme disent les Anglais à la fin d'un match après t'en avoir mis plein la gueule, t'avoir marché dessus ou craché à la figure.
Voyez-vous d'un bon oeil le passage de Thierry Henry d'Arsenal à Barcelone ?
Il va encore grimper d'une marche. A Arsenal, il était LA star. A Barcelone, il sera une star parmi d'autres stars, à un poste concurrentiel. A Arsenal, même son ombre n'était pas discutée. En Espagne, il va devoir encore aller plus loin dans ce qu'il est capable de faire. C'est ce qui pouvait lui arriver de mieux. La motivation, quand on n'a plus de concurrence, se perd. Il manquait l'étincelle, celle qui oblige à se dépasser. Et puis, il va falloir s'organiser : il ne pourra plus jouer tout seul devant. Il va devoir s'adapter à d'autres joueurs. Je veux voir comment il va jouer avec Eto'o et Ronaldinho.
Avec la blessure de Coupet, quelle est désormais la nouvelle hiérarchie derrière Landreau, n° 1 le temps de la blessure du Lyonnais ?
Elle est claire : Landreau puis Frey. Ensuite, il y a un choix à faire selon deux orientations : ou l'expérience ou l'avenir. L'expérience, c'est Ramé, Richert. Les jeunes, c'est Carrasso, Pelé ou Mandanda. Lloris, lui, reste avec les Espoirs.
Depuis qu'il garde les buts du PSG, Landreau a-t-il progressé ?
Il confirme ce que je savais de lui. Il est moins spectaculaire que d'autres gardiens. Il fait un peu pataud, mais quand on me parle de sa taille, je demande toujours : « Qui est le plus grand entre Coupet, Barthez et Landreau ? » C'est Micka. Tout le monde se fait avoir. Il commet peu de fautes, comme les grands gardiens, et sort toujours un arrêt décisif dans le match, comme face à Sochaux samedi dernier (0-0). Il dégage de la sérénité, de la tranquillité.
Barthez, s'il retrouve un club, demeure-t-il dans vos plans ?
Je ne sais pas encore ce qu'il va faire, s'il va rejouer, être performant. Je lui laisse l'initiative. Ce n'est pas à moi de dire si c'est fini ou non. La décision lui appartient. Moi, je n'ai pas de problème d'âge. Tant qu'il est opérationnel... Regardez : Lyon cherche un deuxième gardien ! (Rires).
Vous rencontrez l'Ecosse au Parc des Princes et la Lituanie à Nantes en raison du Mondial de rugb
Cela vous dérange-t-il ?
C'est dommage que deux compétitions aussi importantes se marchent dessus. J'aurais d'ailleurs préféré jouer l'Ecosse au Stade de France même s'il y aura une bonne ambiance au Parc des Princes. Simplement avec des drapeaux, on a réussi à créer une belle fête au Stade de France avec 80 000 personnes qui vibrent. Le public de France - Italie a été exceptionnel, comme celui de France - Ukraine. Je préfère une ambiance avec 80 000 personnes plutôt qu'avec 40 000.
Aller à Nantes colle à la notion de service public qui s'attache à l'équipe de France, laquelle appartient à toute la France...
Le Tournoi des Six Nations a toujours lieu au Stade de France. Le XV de France n'a pas une mission de service public, lui aussi ? J'aime bien Nantes, c'est une belle ville : mais 80 000 d'un côté et 30 000 de l'autre, ce n'est pas pareil, désolé. A la Beaujoire, j'espère vraiment avoir un public de supporters, celui que l'on avait fini par trouver au Stade de France. A Nantes, ce sont des esthètes. (Sourire).
Etes-vous toujours intéressé par le poste de directeur technique national (DTN) du football français ?
Plus que jamais. Lier la politique générale du football avec celle de l'élite de l'équipe de France est loin d'être impossible. Je rappelle que d'autres l'ont fait avant moi. Mais je vais vous dire : je suis candidat et, pourtant, à l'heure actuelle, il existe une meilleure solution que moi : c'est Jean-Pierre Morlans (l'actuel DTN). C'est la meilleure solution et il n'y en a pas d'autres. Il connaît tous les dossiers, le fonctionnement du football par coeur. Il est dedans depuis vingt ans. Se priver de ses compétences maintenant serait une faute. Une vraie faute. Il faut garder Jean-Pierre Morlans encore deux ans, jusqu'à la fin du mandat du président (Jean-Pierre Escalettes). Pendant ce temps-là, je travaille avec lui pour me mettre à jour sur les dossiers et lui succéder dans deux ans.
Dans une semaine, Raymond Domenech donnera le coup d'envoi de la saison des Bleus. Elle est décisive puisqu'elle peut mener les Tricolores en Autriche et en Suisse où sera conjointement organisé, en juin 2008, le Championnat d'Europe des Nations que la France a remporté pour la dernière fois en 2000... contre l'Italie.
Jeudi prochain, donc, le sélectionneur dévoilera les 35 noms appelés à disputer l'amical Slovaquie - France du 22 août à Bratislava. Domenech attache beaucoup d'importance à cette rencontre préparatoire aux rendez-vous de la rentrée : le 8 septembre, ses hommes iront défier la Squadra Azzurra dans le stade des deux Milan (l'AC et l'Inter) à San Siro avant de tenter de prendre leur revanche sur les Ecossais, vainqueurs (1-0) à l'aller. Après, il y aura encore les Iles Féroé, la Lituanie et l'Ukraine afin de connaître le verdict du groupe B dont les deux premiers se qualifieront pour l'Euro. Alors que l'environnement des Bleus polarise son attention sur Italie - France, sorte de revanche de la revanche (la France avait battu l'Italie à Saint-Denis deux mois après la finale de la Coupe du monde), le patron de la sélection compte sur ce match amical pour mobiliser sa troupe au-delà de ce simple match très médiatique. Rendez-vous était pris mardi en début d'après-midi dans un café de Montparnasse, quartier dans lequel réside le sélectionneur. Dans une bonne humeur contagieuse, il nous a accordé un entretien détonant qui devrait aussi faire parler de l'autre côté des Alpes.
On passe rarement un mauvais moment en compagnie de cet amoureux de Pierre Desproges. Mais tout le monde ne rit pas.
Raymond Domenech poursuit parfois une logique de sélectionneur difficile à suivre. Il y eut dans ce domaine un premier Domenech, de sa prise de fonction jusqu'à l'été 2005. On appelait cette époque la reconstruction. Elle était censée présider aux destinées de l'équipe de France, orpheline de Zidane, Thuram et Makelele, mais on avait parfois l'impression qu'elle concernait le sélectionneur au premier chef, en difficultés pendant les qualifications à la Coupe du monde 2006.
L'Espagne, le tournant
Cependant, depuis deux ans, Domenech II est arrivé et le costume de sélectionneur semble lui aller comme un gant, avec à la clé cette finale de Coupe du monde. Peu auraient parié sur un tel parcours, pour les siens comme pour lui. Cet Italie - France, à Berlin en 2006, marquera-t-il à tout jamais sa vie ? « Emotionnellement, le match le plus fort jusqu'à maintenant reste France - Espagne (3-1, 8e de finale du Mondial), notamment pour des raisons familiales », répond le fils d'émigrés espagnols,Catalan de Villalba, parqué à Argelès-sur-Mer après avoir fui la dictature franquiste . « Pendant la finale, j'étais froid, reprend-il. Mais France - Espagne, j'avais tout à perdre. Si on n'avait pas gagné, je ne serais pas là aujourd'hui. »
Dans un mois, c'est Italie - France. Occupe-t-il déjà toutes vos pensées ?
Raymond Domenech. Je suis embêté avec ce match dont tout le monde me parle. Je sais au fond de moi que la rencontre la plus importante, ce n'est pas celle contre l'Italie. Ce qui compte, c'est l'Ecosse puis les Iles Féroé et la Lituanie. Et peut-être l'Ukraine à la fin. Contre l'Italie, on a déjà fait le maximum puisqu'on leur a pris trois points. Tout ce qui peut nous arriver désormais, c'est du bonus. L'Italie ne nous prendra pas de points. En revanche, il est capital de reprendre trois points aux Ecossais, mais ça, personne n'en parle. Et aller gagner aux Iles Féroé est aussi important que l'emporter en Italie.
Mais Italie - France constitue peut-être le plus grand événement foot de l'année 2007...
Oui, c'est un événement. Mais si je peux dégonfler le truc. Cet Italie - France ne compte pas. Slovaquie - France, le 22 août, servira à cela : rassembler tout mon groupe pour l'Ecosse, les Iles Féroé et la Lituanie. Je dirai aux joueurs : « Préparez-vous pour ces matchs-là. Si vous ne vous préparez que pour Italie - France, on est morts ! » Si on obtient un résultat en Italie, tout le monde croira qu'on est qualifiés. Ce n'est pas vrai.
Jouer l'Italie a-t-il encore une saveur particulière pour vous ?
J'aime bien jouer les Italiens. Déjà, j'adore leur football. On peut dire ce que l'on veut, mais les Italiens ont une idée bien précise : ils jouent pour gagner. Ils possèdent toujours des joueurs exceptionnels. Je suis admiratif. Se confronter au football le plus efficace au niveau européen, et peut-être mondial, me plaît bien. En plus, j'adore San Siro. Je suis surtout très heureux que l'on ait échappé au stade olympique de Rome, où l'ambiance se perd et où le public se situe loin à cause de la piste d'athlétisme. Je voulais un match au plus proche de la réalité : 80 000 personnes contre nous, qui sifflent de tous les côtés dans une ambiance exceptionnelle. C'est là que l'on voit les grands joueurs. Les costauds qui ne se dégonflent pas. Le seul souci dans ce genre de match, c'est l'arbitre. Je sais nos joueurs capables d'être bons, l'arbitre pas toujours. On fait avec. De toute façon, avec les Italiens, c'est une habitude.
C'est-à-dire ?
Ce n'est pas moi qui ai inventé des histoires d'arbitrage en Italie. Il y a eu des matchs achetés. Moi, j'ai connu un France - Italie Espoirs, qualificatif pour les JO de Sydney, avec un arbitre acheté. Je me suis rarement fait autant arnaquer. Quand on s'est fait avoir une fois, il existe toujours un doute. Il y a des arrangements dans le football italien.
Pour les Italiens, en tout cas, ce match compte énormément : San Siro est déjà plein...
C'est normal. Si on ne réussit pas un résultat, on ne sera toujours pas qualifiés, mais si eux se ratent, ils seront mal. J'ai très bien pris en compte la dimension de ce match. Je sais comment va être Gattuso : la fumée va lui sortir de tous les côtés. Il va remonter tout le public. Cela fait partie du match. Nous, on a tout intérêt à relativiser cette rencontre. On n'est pas dans les mêmes dispositions psychologiques. Eux vont vouloir chauffer le match.
Marco Materazzi a déclaré...
(Il coupe.) Tiens, en voilà un qui chauffe déjà...
Il a donc dit le 9 juillet dernier : « Aujourd'hui, j'attends sur le terrain monsieur Domenech et tous ceux qui, au cours des derniers mois, se sont permis d'exprimer des jugements sur Materazzi. Je les regarderai dans les yeux, sans baisser la tête, même pas une seule seconde. »
Il dit « monsieur », c'est bien. Les Italiens ont toujours beaucoup de respect pour les entraîneurs. Pour le reste, je répondrai sous forme de boutade : il ne pourra pas faire ce qu'il dit. C'est impossible : il mesure près de 2 m, et moi, je fais 1,76 m. Pour me regarder dans les yeux, il sera donc obligé de baisser la tête ! Je ne rentre pas dans cette guerre. C'est son intérêt, pas le mien.
Materazzi n'est pas un mal-aimé qu'en France. Lors de l'Emirates Cup à Londres, fin juillet, le public d'Arsenal l'a copieusement sifflé pendant Valence - Inter Milan. Etes-vous surpris ?
Allez : j'aurais pu être Materazzi. En finale de Coupe du monde, tu marques un but, tu fais virer le meilleur joueur adverse (NDLR : Zidane) et tu marques ton tir au but. On peut me dire ce que l'on veut sur Pirlo, Materazzi, c'est l'homme du match.
>Etre Materazzi implique également d'insulter l'adversaire...
Il ne s'agit pas d'insulter, mais de provoquer un joueur pour qu'il perde les pédales. Tout le monde connaît ça dans le sport. Au volley, à travers le filet, certains arrivent à faire péter les plombs à l'adversaire. Cela existe dans toutes les disciplines. Cela fait partie du bagage. Après, il y a les mots que l'on peut dire, ceux que l'on ne peut pas dire. Sur un terrain, tous les moyens consistant à déstabiliser l'adversaire et à utiliser sa faiblesse sont positifs pour l'équipe. L'homme de la Coupe du monde, c'est Materazzi. Je lui dis bravo.
Celui qui provoque est fort, celui qui pète les plombs est faible, c'est ça ?
Oui. Celui qui pète les plombs avoue à ce moment-là une faiblesse. La réponse que j'aime en tant qu'entraîneur, c'est le joueur qui montre le tableau d'affichage à la fin quand il gagne : « T'as vu le score ? Tu peux me dire ce que tu veux. Au revoir ! » Ou good game (bien joué), comme disent les Anglais à la fin d'un match après t'en avoir mis plein la gueule, t'avoir marché dessus ou craché à la figure.
Voyez-vous d'un bon oeil le passage de Thierry Henry d'Arsenal à Barcelone ?
Il va encore grimper d'une marche. A Arsenal, il était LA star. A Barcelone, il sera une star parmi d'autres stars, à un poste concurrentiel. A Arsenal, même son ombre n'était pas discutée. En Espagne, il va devoir encore aller plus loin dans ce qu'il est capable de faire. C'est ce qui pouvait lui arriver de mieux. La motivation, quand on n'a plus de concurrence, se perd. Il manquait l'étincelle, celle qui oblige à se dépasser. Et puis, il va falloir s'organiser : il ne pourra plus jouer tout seul devant. Il va devoir s'adapter à d'autres joueurs. Je veux voir comment il va jouer avec Eto'o et Ronaldinho.
Avec la blessure de Coupet, quelle est désormais la nouvelle hiérarchie derrière Landreau, n° 1 le temps de la blessure du Lyonnais ?
Elle est claire : Landreau puis Frey. Ensuite, il y a un choix à faire selon deux orientations : ou l'expérience ou l'avenir. L'expérience, c'est Ramé, Richert. Les jeunes, c'est Carrasso, Pelé ou Mandanda. Lloris, lui, reste avec les Espoirs.
Depuis qu'il garde les buts du PSG, Landreau a-t-il progressé ?
Il confirme ce que je savais de lui. Il est moins spectaculaire que d'autres gardiens. Il fait un peu pataud, mais quand on me parle de sa taille, je demande toujours : « Qui est le plus grand entre Coupet, Barthez et Landreau ? » C'est Micka. Tout le monde se fait avoir. Il commet peu de fautes, comme les grands gardiens, et sort toujours un arrêt décisif dans le match, comme face à Sochaux samedi dernier (0-0). Il dégage de la sérénité, de la tranquillité.
Barthez, s'il retrouve un club, demeure-t-il dans vos plans ?
Je ne sais pas encore ce qu'il va faire, s'il va rejouer, être performant. Je lui laisse l'initiative. Ce n'est pas à moi de dire si c'est fini ou non. La décision lui appartient. Moi, je n'ai pas de problème d'âge. Tant qu'il est opérationnel... Regardez : Lyon cherche un deuxième gardien ! (Rires).
Vous rencontrez l'Ecosse au Parc des Princes et la Lituanie à Nantes en raison du Mondial de rugb
Cela vous dérange-t-il ?
C'est dommage que deux compétitions aussi importantes se marchent dessus. J'aurais d'ailleurs préféré jouer l'Ecosse au Stade de France même s'il y aura une bonne ambiance au Parc des Princes. Simplement avec des drapeaux, on a réussi à créer une belle fête au Stade de France avec 80 000 personnes qui vibrent. Le public de France - Italie a été exceptionnel, comme celui de France - Ukraine. Je préfère une ambiance avec 80 000 personnes plutôt qu'avec 40 000.
Aller à Nantes colle à la notion de service public qui s'attache à l'équipe de France, laquelle appartient à toute la France...
Le Tournoi des Six Nations a toujours lieu au Stade de France. Le XV de France n'a pas une mission de service public, lui aussi ? J'aime bien Nantes, c'est une belle ville : mais 80 000 d'un côté et 30 000 de l'autre, ce n'est pas pareil, désolé. A la Beaujoire, j'espère vraiment avoir un public de supporters, celui que l'on avait fini par trouver au Stade de France. A Nantes, ce sont des esthètes. (Sourire).
Etes-vous toujours intéressé par le poste de directeur technique national (DTN) du football français ?
Plus que jamais. Lier la politique générale du football avec celle de l'élite de l'équipe de France est loin d'être impossible. Je rappelle que d'autres l'ont fait avant moi. Mais je vais vous dire : je suis candidat et, pourtant, à l'heure actuelle, il existe une meilleure solution que moi : c'est Jean-Pierre Morlans (l'actuel DTN). C'est la meilleure solution et il n'y en a pas d'autres. Il connaît tous les dossiers, le fonctionnement du football par coeur. Il est dedans depuis vingt ans. Se priver de ses compétences maintenant serait une faute. Une vraie faute. Il faut garder Jean-Pierre Morlans encore deux ans, jusqu'à la fin du mandat du président (Jean-Pierre Escalettes). Pendant ce temps-là, je travaille avec lui pour me mettre à jour sur les dossiers et lui succéder dans deux ans.
